28.05.2009

The rule is there’s no rules

indicateurs.jpgCeux qui ne bossent pas dans le conseil, ne connaissent pas forcement cette période intense qu’est la période de consultation. Le Mastodonte passe des contrats de trois ans et six mois avant la fin du contrat, les appels d’offres sont diffusés.

Pour ceux qui comme nous travaillons chez le mastodonte cela devient très tendu.

 

Depuis un moment, Jean-luc Assec est tenu de qualifier le travail des prestataires. Il a mis en place des indicateurs qualités des plus amusants. Certains ont une nature des plus objectives, par exemple, la réactivité, répondre à une demande en moins de deux jours. Compte rendu à faire en moins de 2 jours ou répondre à une étude en moins de 22 jours etc…

Ces indicateurs sont pour le moins assez objectifs. En revanche, ils ont réussi à en trouver un qui est des plus discutable : le nombre d’aller-retour réalisés pour faire le document final et c’est là que le bas blesse. C’est totalement subjectif. En plus le dispositif soufre d’un manque de compréhension entre les différents échelons de la hiérarchie. On ne sait absolument pas comment sont décidés et ordonnés les chantiers. C’est pourquoi lors des premières missions ce critère plombait toujours les statistiques.

 

Lancement de l’étude lors du comité de pilotage : « J’ai une demande urgente, nous devons assister les MOE dans la mise en place de l’architecture Haut dispo pour le frontal Web » fin d’annonce débrouille toi.

Nous répliquons par un de quoi « s’agit-il » qui n’obtient qu’une réponse fuyante. Bref 12 jours plus tard nous publions notre étude et là scandale : « cela ne correspond pas à ce que nous avons demandé, nous avions demandé d’analyser les processus métier concernant la relation client avec la MOA » … De quoi ! Nous voyons Jean-Luc annoté un petit trait sur sa feuille : 1 aller retour. Bon nous reprenons en deux jours le doc : « non la ça ne va pas j’aurais voulu que vous décrivez plus en détails les architectures techniques qui en découlent » Jean-Luc fait un deuxième petit trait sur sa feuille. Et c’est parti pour une autre itération et là on éclate le délai.

Bref sur les premières études, cet indicateur plantait toujours nos résultats et au comité de pilotage : « Nous ne sommes pas satisfaits, vos rendus sont de mauvaises qualités, regardez sur les 7 dernières études vous avez toujours été dans le rouge pour le nombre d’aller-retour qui est limité à 1 avant le livrable final » ok dont acte.

 

Vous voulez de la qualité, nous on va mettre en place un process pour faire du boulot de qualité » argumente Maya.

Ecoutez ça jeune consultant, ça vous sauvera la mise bien des fois.

1.       Une réunion de cadrage avec les demandeurs pour préciser le périmètre de l’étude

2.       Une réunion de validation pour éventuellement recadrer les éléments hors sujet et approfondir certains autres.

A chaque fois bien sur, un compte-rendu de réunion est publié, signé par le client.

 

Bon et bien voilà, nous sommes repassés dans le vert, plus de dépassement de temps, la vie est belle. Il est temps de recalculer nos indicateurs pour ce deuxième comité de pilotage. On a juste eu un aller retour, pour faire un point intermédiaire, c’est tout.

Au comité de pilotage, Maker le N+2, compte les points : « Jean-Luc vient de me rendre ses indicateurs qualités je ne vois pas d’amélioration ».

 

Avez vous vu Rèves de Kurozawa, il y a une scène particulièrement longue, les personnages marchent dans la neige. Ils sont dans le froid. Il n’y a pas de musique juste le souffle du vent glacial qui balaye le sol et glace leur visage. Ils marchent et marchèrent encore et encore…

 

Après un silence polaire, Maya marque notre consternation : « J’ai noté justement que nous étions passés au vert »

Jean-Luc reprend : « Effectivement s’il y a une réunion de cadrage et une réunion de validation, on est sur que le livrable final est bon. Comment peut-on noter dès lors la qualité ! Il me semble cohérent de compter systématiquement deux aller-retour avant d’avoir le livrable final : la réunion de cadrage et la réunion de validation »

 

J’ai cru qu’il allait pleuvoir des armoires normandes

27.05.2009

Le mastodonte défie la loi de la gravité.

Je suis dans une équipe chargée de donner un avis sur de nouveaux projets ou de réaliser des études en amont afin de préparer le futur.
Les résultats de nos investigations poursuivent une trajectoire qui défie les lois de la gravité.

En général dans les organisations quand on lance un pavé il finit toujours par retomber et mieux vaut ne pas être en dessous. Ces pavés en général frustrent, offusquent, scandalisent - essaye de répéter cette phrase avec de deux petits lu dans la bouche voir si t’es cap - et se terminent toujours par une remarque assassine du style : "vous ne comprenez rien au problématique de terrain". Dans ces cas, là j’aimerai l’ouvrir et leur confier que leur problématique de terrain, je les connais très bien m’étant retrouver mainte fois dans leur situation ce qui me confère par nature une certaine légitimité pour leur donner des conseils.

Je vous avais appris qu’il y avait plusieurs DSI au mastodonte et pour qu’une information soit transmise d’une équipe de la première DSI à la deuxième, elle doit suivre un protocole très strict. Je fais remonter l’information au N+1 qui la transmet au N+2 qui la transmet au N+3 qui la présente au comité où sont présents l’ensemble des DSIs, celui concerné redescend l’information dans ses équipes… N-1, N-2…etc.
Pour plus d’explication, je sors mon kit du consultant.

parabolique.gif

Ce qui donne que lorsqu’une idée de projet émerge l’équipe demande un avis, il faut attendre que la petite boule monte monte monte comme la petite bête qui montemontemonte et redescende de l’autre coté. Enfin rien n’est perdu, nous avons l’information et pouvons nous lancer dans l’étude en espérant que nos recommandations soient entendues. Après 15 jours d’un laborieux travail d’acquisition où, notez le comique de la situation, nous avons rencontré les gens de l’équipe projet, nous formulons nos recommandations et les orientations, déclenchons la réunion de restitution.

Notre recommandation comme à chaque fois : « bon les gars, c’est bien ce que vous proposez et je vous propose de franchir une étape de plus… en arrêtant vos délires ». voila en gros le message.

 

La petite boule monte monte monte … n+2, n+3, nous voyons disparaitre l’obus dans la haut atmosphère derrière les nuages. En général un tel message quand ca retombe, t’es quasiment sûr d’entendre l’onde choc.

 

parabolique2.jpg

Alors on a attendu, attendu, attendu…zzzz… finalement ils l’ont bien pris, curieux !

Et puis un jour au cours d’une autre étude, je m’informe de ce que les équipes de la première DSI avaient réalisé et chose curieuse, je m’aperçois qu’ils n’ont pas pris en compte nos reco.

Je m’empresse de téléphoner à mon N+1 : « Jean-luc, j’ai vu récemment Jean-rené, apparemment ils n’ont pas tenu compte de nos recommandations… d’où ma question qui va te paraitre aller disons un tantinet ironique je te l’accorde guitare (composais-je), qu’est que vous faites des études que l’on vous produit ? »

pas de réponse… 

« J’imagine que ca doit bien être diffusé aux équipes projets ? »

pas de réponse… 

« allo ? »

Jean-luc est évasif : « je ne sais pas… les recommandations sont diffusées aux autres DSI lors du comité directeur »

Manifestement nos documents ne redescendent pas sur terre…

 

Épilogue :

Au reveil :« Europe 1, il est 7h, c'est l'heure des actualités avec Brigitte...

Oui, nouvelle extraordinaire des astronomes ont détecté des slides en orbite autour de la terre, il pourrait s'agir d'une première forme de communication extraterrestre.

Les membres de la station orbital ISS ont été dépéchés pour récupérer ces fragments d'une civilisation exterieurs au système solaire...

Une émission spéciale est consacrée à 9h à cette nouvelle extraordinaire avec Alain Ciriou de ciel et espace.»

 

Soudain j'eu un espoir, un espoir fou comme ces millions d'êtres humains qui pensent que nous sommes pas seuls dans l'univers, l’espoir que nos documents brillent parmi les étoiles et que la station orbitale ramène un jour nos recommandations sur terre.

19.05.2009

Le grand ménage

280px-Paris_125..jpg

Branle bas de combat chez le Mastodonte, fini l’anarchie, fini le chacun fait ce qu’il veut, mais trop c’est trop, stop on en peu plus, ça suffit.

Il existait deux DSI pour deux branches métiers, le Head Quater Management en avait mis une troisième au-dessus pour chapoter le tout et que ça dialogue enfin. Trois directions des systèmes d’informations, il ne manquait plus qu’ils nous en inventent une quatrième pour une autre direction métier. Mais non! nous pouvons compter sur nos têtes pensantes dont l’esprit brille comme un reflet en haut des tours de la défense par une chaude journée d’été. Mais avec le double vitrage, il fallait craindre le coup de soleil.

Ainsi tombe la sentence, fini les batailles de pouvoir qui anéantissent nos efforts pour rester au top dans ce monde hautement concurrentiel: le HQM a décidé d’unifier les DSI en une seule DSI. Dans notre openspace on en pleurait presque, mais le milieu très politique du Mastodonte va sournoisement désagréger cette belle idée d’une Unique DSI.

 

Dans les couloirs, les salles de réunions et cafétérias, chacun commente l’humeur des cadres et managers face à cette nouvelle organisation. Apres quelques jours de bavardages, on s’approche enfin d’une solution qui semblerait préserver les intérêts de chacun.

Il n’y a plus qu’une seule DSI, comme cela avait été décidé et trois sous-directions correspondant aux DSI précédentes. A noté, la promotion du troisième DSI qui devient LE DSI et qui déménagera du 26ie au 32ie étage. C'est parfait, l'idée d'une nouvelle réoganisation est préservée et chacun trouve satisfaction.

 

Chez le Mastodonte, une réorganisation de fond c’est faire monter de 6 étages un DSI et sa secrétaire.

Hardi les gars la France est en marche.

18.05.2009

De beaux principes

new.gifParmi les lois qu’un consultant se doit de connaître pour les projets ou les missions, il en est quelques-unes une que je vous propose aujourd’hui. C’est mon collègue d’infortune chez le mastodonte, Loic le Preu qui m’en a dit deux mots lors d’une réunion de projet.
Je vous avais parlé de la loi de paréto, la loi de l’emmerdement maximum que murphy s’est approprié honteusement et bien ladie’s and gentlemen right from the bigest magic circus of the world !!! , j’ai toujours aimé faire de grandes allocutions comme ça, en voici deux:

Hlade's Law states that:
"If you have a difficult task, give it to a lazy person; they will find an easier way to do it."
Je n’y avais pas pensé, dorénavant si j’ai un problème à résoudre, j’irais m’adresser aux fonctionnaires. Bon ok c’est cliché et je viens de me brouiller avec la moitié de mes lecteurs et de mes clients.

Une autre spéciale dédicace aux projets informatiques :
La loi de Hofstadter déclare que :
« Ça prend toujours plus de temps qu'on croie, même en prenant en compte la loi de Hofstadter. »

Messieurs, Mesdames, si vous même avez des principes, à vos claviers, j’attends vos commentaires !!!

15.05.2009

c'est dans la même logique

mag.gifEt voilà un moment d’inadvertance et soudain le piège se referme…
Dieu et sa logique implacable, on baisse sa garde et voilà, fusillé, poignardé, broyé, découpé, émincé, dépecé, incinéré, dispersé aux quatre vents… Une petit phrase anodine qui vous emmène loin.
Vous pensiez avoir touché au but et non.

Cette petite phrase que l’on retrouve sous différentes formes, qui se résume par « fais pas chier c’est pareil ».
J’étais entrain d’élaborer une cartographie de l’existant du SI de détricoter un nombre de documents oû résidaient des informations toutes plus contradictoires les unes des autres. Mais après avoir remis à plat et mettre heurté aux processus, applications, flux et reflux d’après repas, j’arrive finalement au but de l’étude, synthèse que je présente à une réunion.
Une question reste tout de même sans réponse quant à deux applications, comment s’inscrivent-elles dans le processus informationnel. Je les vois ces deux petites applications toutes seules sur mon plan, c’est triste comme un hiver en Saône et Loire.
Et soudain c’est le drame, le client esquive et pointe : « Elles s’inscrivent dans la même logique que les précédentes »…
Je laisse passer la bombe à retardement, mais j’aurais du être suffisamment lucide pour répondre un « c’est à dire » ou un « certes mais encore ». Mais non il est tard moi aussi au bout de 2h30 d’une discussion dense, j’ai relâché mon attention.
Cette expression, elle se décline sous différent mode pour différents acteurs du monde de la SSI et du conseil.
Je me rappelle dans l’ancienne boîte quand je commençais en tant que développeur, de ces termes utilisés et toujours en guise de conclusion « bon et puis pour ça c’est copier/coller » ou bien quand il fallait créer un énième import «  bon pour ça tu fais un select insert ». Cela signifie que c’est basique, que ça correspond au même modèle, tu copies le code, le compile l’installe et ça marche les yeux fermés. Enfin… en théorie. L’effet est plutôt même l’inverse. Je vous rappelle même la loi de paréto du 80/20 ou même la loi d’emmerdement maximum. Attention quand ça merde, ça merde et ça merde d’autant plus que le client ne s’attend pas à ce que tu passes autant de temps dessus.
En général, la personne qui dit ça est soit naïf soit pervers. Dans le cas que je vous évoque, j’opterai pour de la naïveté. Ils sont tellement éloignés de la réalité que leur perception des choses est erronée.
Les autres, les pervers, ce sont les chefs de projet qui ont oublié de budgéter le développement et qui essayent d’entourlouper leur développeur ou plus généralement les commerciaux qui souhaitent faire un cadeau sur le dos du projet et s’enorgueillir de bonne relation avec son client ou d’avoir rafler l’affaire sans oser dire qu’il l’a sous vendu. Pour ceux là, j’ai beaucoup moins de compassion.
Enfin revenons à ce qui nous intéresse, ces deux petites applications correspondant à la même logique. Avant de tirer un trait là dessus, je m’assure avant de la véracité de cette théorie.

Mais pourquoi donc je fais du zelle.
Je cherche des informations et trouve un certain nombre de documents que j’épluche. Plus j’avance dans la lecture plus j’ai de bouffées de chaleur, comme un mec qui regarde des choses inavouables sur l’ordinateur alors que sa femme vient de passer la porte.
Les informations sont contradictoires et remettent en cause le travail d’une quinzaine de jours. Le circuit informationnel ne suit pas du tout mais alors pas du tout la même logique et je serais tenté de dire que si le système d’information avait été intelligemment pensé, il aurait une toute autre figure. Certaines briques non identifiées apparaissent et bouleversent la compréhension globale du système.

Il ne m’est pas possible pour des questions de budget de refaire une passe entière sur l’étude et mon intégrité personnelle ne me permet pas de publier des informations fausses. Que faire…

Je ronchonne un moment « merci le c’est dans la même logique » en découvrant que je viens d’ouvrir la porte de Pandore, ce n’est pas un coup de trait que je dois tirer sur une carto, mais toute une étude à relancer.
J’appelle la responsable du Pôle pour lui faire par de mes émotions et de ma consternation.

« Je viens de découvrir que les deux applications DeltaCharlie 5 et TangoBravo 2 sont connectés au monde bancaire par le protocole X25 et que les acquittements ne passent pas par ZoulouGolf8 mais par MikeLima99….
Ce qui fait que l’on n’est pas du tout dans la même logique que Jupiter et Saturne, les deux nouveaux CRM…
… ESB…Evènement financier… » je vous passe le reste de la discussion.
Silence au bout du fil…
Je m’attends à ce qu’elle me dise de revoir l’étude durant les deux jours. Je chante déjà du cloclo : « le we au soleil c’est une chose je que ne verrais jamais, chaque fois c’est pareil … »
« Tu n’as qu’à mettre le même circuit, c’est pas grave, de toute façon ces applications sont en voie d’extinction ou ne les fait pas apparaître sur la carte ce sera plus simple». J’abdique parce que ça m’arrange, mais je reviendrais à la charge plus tard.

Chez le mastodonte c’est magique tous les jours, on fait disparaître des problèmes.

05.05.2009

Particule élémentaire


J’attire votre attention chère lecteur, je vais vous parler de vrais purs concepts informatiques. J’ai longtemps cherché s’il existait une blague qui tue pour les urbanistes et les SOA-iste, SOA-iste ceux qui font des architectures orientées services, rien à voir avec ceux qui défont les braguettes.
Et j’ai trouvé… elle déclenche un rire profond imparable, ils se pissent littéralement dessus et en vomissent de rire. Je dirais aussi que parmi les consultants et informaticiens peut être que seul les théoriciens sont susceptibles de comprendre cette blague, elle est donc extrêmement hermétique.

Allé je me lance :
Vous savez comment coller une insomnie à un urbaniste des systèmes d’informations ?
Non ?
Demandez-lui quelle est la bonne granularité !!

Une autre du même genre
Vous savez comment coller une insomnie à un SOA-iste ?
Non ?
Demander lui ce qu’est un service !

Attention plus redoutable, pour les professionnels de la SOA !!!
Comment coller une méningite à un SOA-iste ?
Demandez-lui quel est la bonne granularité de service ?

Apres on a des variantes. Dans le métier du conseil, l’objectif est de rendre simple ce qui est complexe, du coup on développe des modèles et des méta-modèles pour faciliter la compréhension et décomplexifier la problématique. Le tord peut être, c’est d’intellectualiser à l’extrême et pour installer une putain d’application sur une bécane, on est capable de lancer une étude dans lequel on va se prendre la tête sur le terme à utiliser. Par exemple service, granularité ou service fonctionnel, service métier et la tu as toujours un emmerdeur qui va te dire : « euh c’est quoi la différence que tu fais entre service métier et fonctionnel ».

D’où la blague, hé au fait c’est quoi la différence entre un service fonctionnel et un service métier ?
Autres variantes, hé au fait c’est quoi la différence entre un service ?
Plus rapide, hé au fait c’est quoi la différence ?
Encore plus rapide, hé au fait ?
Pour l’élite, hé ?
?
Bref vous avez compris le principe.

 
Plus détendu, vous arrivez le matin de bonne humeur et vous souhaitez faire partager à vos collègues votre joie vivre…
Eh les mecs y a un con de client en formation, il a demandé à Simson quelle était la bonne granularité de service !!!
C’est le fou rire assuré !!!
Ou plus court
He les mecs vous savez quelle est la bonne granularité !!!
Applause applause !!!!

Vous y êtes ? Allez y essayez ….

04.05.2009

Mic mac chez les Macs (fin)

mv.jpg15h00 premier appel de Hegel von shlege
15h08 deuxième appel
15h14 troisième appel
15h17, 20, 21
…23, 24, 25, 26, 27, 28, 30…
En tout 15 appels frénétiques… j’hésite puis je décroche, en soupirant « bon ok c’est bon je m’intéresse à toi.. »
« allo monsieur Barrows !!! » enchaîne–t-il
« La moindre des choses c’est que vous me rendiez compte…
J’attends votre coup de fils depuis ce matin…
C’est ça que vous appelez le service client …
Les gens comme vous on devrait les empaler…
Vous pourriez répondre au téléphone quand on vous appelle…
Vous voulez rester au chômage…
»

Je trouve son approche un peu irritante. J’ai soudainement envie de l’avoir en face de moi pour lui expliquer en morse, les derniers ouvrages de la baronne de Rothschild sur le savoir-vivre. J’attends qu’il ait fini d’aboyer.
J’hésite entre plusieurs réponses

A) je capte pas : « hallo, hallo, hallooooooo ?!? »,
B) « je passe sous un tunnel, frrreuhhh zzzz grrrr »,
C) « vous vous êtes trompé de numéro de téléphone »
D) « tout d’abord, bonjour ! »

J’opte pour la réponse D et la diplomatie car je sens le mec à bout de nerf et lui explique.
« un, il était convenu que je rende compte à Jean-Louis, deux cet abr… après-midi il est injoignable, si vous aviez besoins d’avoir des infos, il fallait téléphoner à lui ou à Aline ».
Je suppose qu’il est sur le nerf parce que l’affaire a complètement foirée.
« Et puis si vous souhaitez que l’on travaille ensemble, il serait souhaitable que vous preniez des vacances ou que vous fassiez une thalasso à Bamako ou à rio, histoire que vous soyez plus détendu, troisièmement, je crois que cet entretien est une terrible erreur de casting.  »
« Bon si je vous appelle c’est parce que j’ai eu un retour du client, il vous veut absolument ! ».
Je suis sur le cul, j’avais mis la dose pourtant.
«  Je viens de vous dire que cette mission ne correspondait pas à mes objectifs de projets et de carrière
ok, je comprend, c’est une question de salaire… vous voulez quoi comme salaire annuel ?
Je réfléchis, je me vendais à 55 keuros (je vous rassure amis lecteurs, ce chiffre est totalement faux) et le gars tente de me séduire par l’appât du gain, c’est bien mal me connaître.
- 90 keuros, lançait-je sans réfléchir.
- Silence…Je vais voir ce que je peux faire
Non !! je n’en reviens pas et moi qui voulais pas de ce job, je demande le paquet et voilà qu’il me prend aux mots… et s’ils acceptent… les boules !!!
Coup de fils de l’asticot : « bon j’ai eu mon client au téléphone, c’est trop cher..  »
Me voilà rassuré…sinon je n’aurais pas pu échapper à l’audi TT acheter prix coûtant la première année, la MV Augusta, mon appartement à Boulogne et ma petite garçonnière rue st Andrée des arts…

Tout ceci ne me ressemble tellement pas…

soudainement j’ai envie de pleurer.

Mic mac chez les Macs (suite)

Je continue sur ma lancée, au point ou j’en suis plus rien ne m’arrête, j’expérimente et ment en expert… Mon but, engranger les points et gagner le pipo d’or. Je sors de mon placard ma fabrique à pipo… pour ça j’ai un secret : lire tous les soirs les tribunes des acteurs du Hitec dans journal du net…
Une règle : créer le plus grand impact avec des mots sans la moindre valeur et dénuer de sens dans le contexte. Voici un florilège

…Convergence…alignement des infrastructures… alignement stratégiques…top down…novateur…agilité, processus métier, services, xtreme programing, scrum, il ne sais pas ce que c’est, j’aurais du tenter scrutum, xtrem processing, business analyses, écosystème, valeur ajoutée, time to market, exigence, complexité, mashup, contributions, virtualisations, criticité, étapes clés, multi canal, maîtrise, enjeux, patterns, structurel, conjoncturel, cycle de vie, alternatives, dualités, best of breed…contraintes externes, roadmap, synchronisation dynamique, volontaristes, référentiels entreprises, anticiper, vision traditionnel, gouvernance, politique d’urbanisation, architecture, adresser, transversal, itératives, avantage concurrentiel, démarche partenarial, un atout au service du métier… et mon préféré du moment granularité.

et tout son lots d’acronymes, TCO, ROI, TEI, BPM, SOA, SAAS, ASP, XP DTFPC, RIA…

Je fais le compte d’une heure de pipotage, je ne suis pas loin d’atteindre les 53 000 points, de mémoire mon record personnel.

Mais l’impact est d’autant plus grand qu’il est nécessaire d’insérer des termes à contre courant… celui que je préfère dans le monde du conseil est « sensoriel », c’est comme au scrabble, le mot compte triple.
Ami lecteur essaye de placer ce terme dans une discussion hitec… tu ébranles les consciences, tu ouvres les voies du paranormal.

Enfin cela fait deux heures en tout que je compte les points il est temps de conclure.
Aline reprend la main pour opérer les échanges de courtoisies habituels de fin d’entretiens qui s’achève toujours par « Je vous recontactes dès demain matin… Au revoir »

Je me suis éclaté pendant deux heures. A la sortie du building je choppe Aline par le bras, histoire de la mettre au parfum. Maintenant que j’ai fait le pitre, je me dois de clarifier les choses.
« Aline… » bafouillais-je, mais que m’arrive-t-il ? Serais ce le souffle chaud de l’été indien qui s’engouffre dans les rues parisiennes qui me font vaciller ainsi !
« Aline… » reprenais-je. Elle me regarde avec ses grands yeux étonnés.
« Il faut que je vous dise… », composais-je sur le ton dramatique haut en couleur entre de Sissi impératrice et ouioui construit une fusée pour potiron.
« oui… » émet-t-elle du bout de ses lèvres fort pertinemment.
« Je ne suis pas celui que vous croyez » bien! Belle entrée en matière, avec ça si je ne gagne pas dans la catégorie du meilleur acteur dramatique de l’année.
« je… je ne suis pas consultant, mais éleveur de bulots dans la mer Adriatique » ça y’est je lui ai jeté la vérité en plein face, elle l’a pris comme une gifle.
« Vous! éleveur de bulots ! Moi qui vous faisait confiance, moi qui vous ai tout donné, jusqu'à ma virginité !! » Madame est entrain de jouer la scène du quatre, le chant des sirènes. Je me méfie, à écouter leur voie enchanteresse, certains se sont retrouvés coincés derrière un bureau dans l’administration à faire de la TMA ou de la supervision d’applications.
«Oui, je suis éleveur de bulots ne vous en déplaise et c’est pour ces raisons que je ne puis donc accepter ce travail… » soldais-je la conversation en détournant le regard.

Fin de l'acte, applaudissements.

Le lendemain, j’essaye d’appeler à l’aube Djeul pour le tenir au courant de mes exploits de la veille. Mais il est totalement injoignable, je réessaye plusieurs fois, mais en vain.

Toutes les notes